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Philippe da Cruz

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La photographie dite Primitive

Photographie dite 'Primitive' de Henry Peach Robinson The Sleep

Entre 1850 et 1870, une dizaine de photographes anglais et français étudient les possibilités créatives qu’a la photographie à offrir. Cette première génération de photographes veut prouver que la photo est tout comme la peinture à cette époque, une forme d’art à part entière.

Je me suis moi-même beaucoup demandé si l’on pouvait vraiment considérer la photographie au même niveau que la peinture et la sculpture, ou l’acte de création est total car on ne part de rien ou presque. Aujourd’hui, il n’est même plus nécessaire de savoir comment fonctionne un appareil et le développement photo argentique. Avec un peu de chance et un minimum de sens artistique, on peut faire une belle photo.

Pourtant en découvrant récemment les ‘Primitifs de la photographie’ tels Nadar, Le Gray, Baldus ou Robison, je me suis rendu compte que ces premiers photographes, avec peu de moyens techniques et surtout sans Photoshop, réussissaient à avoir des résultats assez étonnants dans leurs clichés.

Les mises en scène

Au début du développement de la photographie, le temps de pose était très long, jusqu’ à plusieurs heures ! Du coup, impossible de prendre une photo sur le vif comme on peut le faire aujourd’hui. Les photographes du 19e, pour créer une histoire ou passer un message, se permettaient de demander aux modèles de jouer une scène ou de prendre une pause relativement suggestive comme sur les photo suivantes.


L'entente Cordiale de Roger Fenton, 1855

L'Entente Cordiale de Roger Fenton (1819-1869), 1855 © Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt




Sur la photo ci-dessus, on peut voir des soldats anglais et français buvant ensemble pendant la guerre criméenne.


Admiration ! de Olympe Aguado

Admiration ! de Olympe Aguado (1827-1894), vers 1860 © Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg




La photo Admiration ! du photographe français Olympe Aguado parle d’elle-même. Aujourd’hui, on aurait une télévision à la place du tableau.

Les retouches manuelles sur l’image

Pour encore plus de details, de réalisme ou encore de surréalisme, les photographes ‘Primitifs’ n’hésitent pas à sortir les ciseaux ou les pinceaux comme leurs amis peintres.
La photo Gamins des rues jouant aux osselets avec des marrons d’Oscar Rejlanderen est un bon exemple. Sur cette photo, on voit un enfant qui suit des yeux un marron qu’il vient de lancer. Le marron est vraiment net, comme figé en l’air. Or, en 1857 les appareils photographique de l’époque ne pouvaient pas faire ce type de photo. Comme nous l’avons vu plus haut dans cet article, le temps de pause était long et donc le marron aurait dû être flou.


Gamins des rues jouant aux osselets avec des marrons, 1857 de Oscar Rejlander

Gamins des rues jouant aux osselets avec des marrons, 1857 de Oscar Rejlander (1813-1875)



Mais comment le photographe a-t-il fait ? Vous avez deviné ? Et bien retrouvez la réponse à la fin de l’article ;)


Toujours du même photographe, Les deux modes de vie ressemble à un tableau de la Renaissance italienne. La photo est un assemblage de 30 négatifs regroupés en 3 plans. Le décor de l’arrière plan n’existe pas et a été peint à la main.


Les deux modes de vie d'Oscar Rejlanderen

Les deux modes de vie, 1857 d'Oscar Rejlanderen (1817-1875)



Pour sa photo du cloître Saint-Trophime, le photographe Édouard Baldus utilise un procédé identique aux techniques utilisées par le photographe Oscar Rejlanderen pour sa photo Les deux modes de vie.
Le but est que la photo finale du cloître Saint-Trophime soit aussi proche visuellement que possible que ce qu’il voit dans la réalité, et qu’il ne soit plus limité par les contraintes techniques de l’appareil photographique.


Cloître Saint-Trophime de Edouard Baldus

Bouts de photos du cloître Saint-Trophime, 1851, Edouard Baldus (1813-1889)




Photo du cloitre St. Trophime d'Edouard Denis Baldus

Cloitre St. Trophime, 1851. Edouard Denis Baldus (1813-1889)




Les contraintes techniques ont également obligé le photographe Gustave Le Gray à utiliser un assemblage de différentes images.
Pour l’image de bord de mer ci-dessous, l’écart de lumière entre le ciel et la mer est si important que le Gray a dû sacrifier le ciel en le surexposant, afin d’obtenir une texture et un miroitement suffisants pour l’eau.


Bord de mer de Gustave Le Gray (1820-1884)

Photo d'un bord de mer du photographe Gustave Le Gray




La texture de l’eau est magnifique n’est-ce pas ?
Pour avoir un ciel plus intéressant, Gustave Le Gray va chercher le ciel d’un cliché ou la mer est cette fois-ci sous-exposée, le découpe et l’assemble à l’image de bord de mer précédant comme on le ferait aujourd’hui dans Photoshop.
Le Gray obtient ainsi une photo réaliste d’un moment qui n’a jamais existé.


Bord de mer, Gustave Le Gray

Bord de mer, Gustave Le Gray (1820-1884)




Et voilà ci-dessous le résultat final.


Bord de mer, photo de Gustave Le Gray

Bord de mer, Gustave Le Gray (1820-1884)



Les jeux de lumière du photographe Robinson

Les photos retouchées et mises en scène de Henry Peach Robinson sont certainement mes préférées.
Sur la photo Fading Away de 1858, on voit très bien que le ciel et les personnages viennent de négatifs différents. D’ailleurs, la jeune fille mourante est une reprise du cliché She never told her love de 1857.


Fading away, 1858 de Henry Peach Robinson

Fading away, 1858 de Henry Peach Robinson (1830-1901)




Sur The sleep, toujours de Henry Peach Robinson, on remarque les incohérences entre la lumière extérieure et intérieure. Même si l’image semble tragique, The sleep a un côté presque surréaliste, tout droit sortie d’un conte de fées.


The Sleep, 1867 d'Henry Peach Robinson (1830-1901)

The Sleep, 1867 d'Henry Peach Robinson (1830-1901)




Pas mal pour l’époque hein ?

Bon, je suppose que vous voulez maintenant connaître la technique utilisée par Oscar Rejlanderen pour sa photo Gamins des rues jouant aux osselets avec des marrons ? Et bien, il s’agissait du bon vieux coup de la ficelle !

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